Le Premier Orage

L'appel de Dieu traversa le Jardin. Sa voix roula si profondément que le ciel en trembla — une vibration qui souleva les herbes, rassembla les nuages. La parole divine venait de déchaîner l'orage sans que Dieu le veuille.

Il se tut, interdit. Il n'avait pas prévu ça, Il avait seulement appelé quelqu'un.

Le tonnerre gronda. Une goutte tomba. Puis le déluge et les éclairs qui zébrèrent le ciel.

En bas, dans le Jardin, les deux humains levèrent la tête. Adam lâcha son sycomore. Ève se redressa dans l'herbe. La première goutte les atteignit au même instant. Ils coururent vers la falaise, vers la grotte que Dieu avait creusée pour eux.

— Après toi, dit Adam devant l'entrée.
— Merci, dit Ève.

Elle entra la première puis il la suivit. Ils s'assirent face à face dans la pénombre, tandis que la pluie martelait le sol. Un éclair illumina leurs visages l'espace d'une seconde et le tonnerre gronda, plus près. Ils sursautèrent ensemble.

— C'est impressionnant, dit Ève.
— Oui.
— Mais c'est beau.
— Oui.
— Je n'avais jamais vu le ciel comme ça. Vivant.
— Les arbres aussi sont vivants, dit Adam. Mais silencieux.
— Les nuages aussi, dit Ève. Mais plus expressifs.
— Les cyprès sont expressifs, dit-il. Regarde comme ils se penchent.

Il se tourna pour chercher un cyprès, mais la pluie lui cingla le visage. Il recula.

Ève sourit. Pas un sourire amoureux. Le sourire de qui reconnaît l'autre.

— Tu penses toujours aux arbres.
— Toi aux nuages.
— C'est vrai.

Je commençais à trouver le temps long. Le décor était planté, la scène était parfaite, et eux parlaient de cyprès.

L'orage dura des heures. Adam finit par s'allonger. Ève resta assise, les genoux remontés. Puis ses yeux se fermèrent. Sa tête bascula lentement, lentement, et vint reposer sur l'épaule d'Adam.

Il ne bougea pas. Il sentit le poids de sa tête. Il resta immobile, les yeux ouverts dans l'obscurité.

Je retins mon souffle. Ça y était ? Enfin ? L'Histoire de l'Humanité va enfin commencer ?

La nuit finit par passer. L'orage s'éloigna.

Le lendemain, le soleil les réveilla d'un trait de lumière. Ils sortirent de la grotte en clignant des yeux. Adam regarda ses arbres lavés, plus verts que la veille. Ève regarda le ciel — un bleu si tranquille qu'on n'aurait pas deviné la veille.

Je mesurai la distance. Un souffle. À peine un souffle. Rien, si j'osais parler. Après cette nuit, après cette tête sur l'épaule, après ce décor de grandes amours — rien. L'orage avait tout déchiré autour d'eux, et eux n'avaient bougé que d'un souffle ?

Dieu regarda la scène, désolé. L'orage n'avait servi à rien. Il comprit ce jour-là que Sa voix portait des mondes, qu'un seul mot de Lui pouvait déchaîner le ciel. Et Il sut que ce pouvoir, au lieu de les rapprocher, les figeait. Il prit une décision : à partir de ce jour, Il ne parlerait plus qu'en murmurant. De peur que Sa voix, une nouvelle fois, ne provoque un cataclysme sur la terre.

Ce n'est que bien plus tard, une seule fois, qu'Il oublierait cette promesse. Et ce jour-là, devant la montagne qui fumait, tout un peuple se prosternerait.

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